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Issy-les-Moulineaux : des adjoints au maire communautaristes, une étrangeté qui ne date pas d’hier

Une polémique est récemment née sur Twitter (capture d’écran ci-dessous) où plusieurs citoyens attachés au principe de laïcité se sont interrogés à juste titre sur les délégations des adjoints au maire de notre Ville, précisément des deux délégations aux « communautés » juive et arménienne.

Reconnaissons que ces deux délégations ne datent pas d’hier et qu’elles posent réellement un problème d’adéquation avec l’article 1 de la Constitution dans laquelle « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » (extrait ci-dessous du site Légifrance).

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Suite au tweet cité précédemment, les oppositions socialiste, écologiste et divers droite ont interpellé le maire André Santini sur ces deux délégations. Le Parisien a relayé dans un article leurs interpellations ainsi que la réponse de la majorité municipale.

Pour ma part, ayant des racines arméniennes par mon grand-père maternel, mais aussi fervent laïc, citoyen et habitant de très longue date à Issy-les-Moulineaux, je me permets de faire plusieurs observations :

1. Ces deux délégations contreviennent à notre Constitution et aux valeurs de notre République. Elles ne doivent plus exister au XXIe siècle. Les Français d’origine arménienne ou de confession juive se sentent Français et parfaitement intégrés. Ont-ils besoin à Issy d’être reconnus à travers des adjoints au maire avec des délégations clairement désignées pour s’occuper des « communautés » ? Certainement pas.

2. Issy-les-Moulineaux comprend historiquement une forte présence de Français d’origine arménienne dont je fais partie. Pour autant, la liberté d’association existe depuis la IIIe République dans notre pays. Les Français qui veulent cultiver l’amour de leur culture (la culture arménienne est très riche que ce soit l’Arménie en tant qu’État mais aussi à travers sa diaspora) et de leur foi (le judaïsme est un monothéisme extraordinaire et d’une très grande sagesse) peuvent parfaitement le faire à travers des associations culturelles et cultuelles. La loi du 1er juillet 1901 le permet sans problème.

3. Si des associations culturelles et cultuelles à Issy veulent être écoutées, un adjoint au maire à la vie associative est parfaitement capable d’être cet interlocuteur. Cette délégation permet de traiter les associations à un pied d’égalité, « égalité » qui est une des valeurs de notre République. Le Conseil constitutionnel considère d’ailleurs dans ses différentes jurisprudences que les valeurs de liberté, d’égalité, et de fraternité ne sont pas hiérarchisables et sont indissociables. Si la « fraternité » permet de remercier les Français et leurs ancêtres qui sont venus de très loin pour construire la France et vivre à Issy, elle n’autorise pas pour autant à dresser un piédestal à deux « communautés » particulières, ce qui rompt l' »égalité » républicaine. Ces « communautés » disposent déjà de la « liberté » pour se réunir en tant qu’associations. Liberté, égalité, fraternité, sont des valeurs qui sont inscrites dans le marbre républicain et ne peuvent donc souffrir d’aucune exception au niveau local.

4. Les maires disposent d’une marge de liberté pour organiser leur conseil municipal, mais c’est à eux de veiller à ce que l’égalité et la fraternité soient aussi respectées dans ce conseil municipal. Dans le cas contraire, le maire devrait dans ce cas donner des délégations pour les « communautés » corse, italienne, marocaine, portugaise, espagnole, bretonne, catholique, protestante, orthodoxe, musulmane, etc… On n’en finirait plus et cela est absolument contraire aux valeurs de notre République.

5. Un des adjoints au maire, Philippe Knusmann, affirme que ces deux délégations aux « communautés » arménienne et juive existaient déjà avant qu’André Santini devienne maire, c’est-à-dire depuis le 3 février 1980. Or cela ne justifie en rien de maintenir ces deux délégations. Et si c’est bien le cas (car il faut retrouver les compositions des conseils municipaux d’Issy d’avant 1980), on peut donc considérer qu’André Santini a maintenu une politique de ces prédécesseurs (des maires de gauche) qui demeure en inadéquation avec les valeurs de la République.

6. Les oppositions, pour leur part, se réveillent très tardivement pour dénoncer ces deux délégations. Laurent Pieuchot et Thomas Puijalon, par exemple, étaient déjà dans l’opposition et ne se sont pas plaints publiquement de ces délégations. Martine Vessière, ancienne adjointe d’André Santini, ne s’est pas plainte de ces délégations pendant qu’elle était dans la précédente majorité LR-UDI (+ quelques éléments de droite dure et très conservatrice).

Ma conclusion sur cette polémique est que la majorité municipale ne peut pas maintenir ces deux délégations spécifiquement dédiée à deux « communautés », car la seule communauté qui existe est la République française. Cette République est riche des citoyens qui la composent et dont la plupart de leurs ancêtres se sont battus dans l’armée française pour obtenir la nationalité (ce fut le cas de mon grand-père arménien en 1940 qui s’est retrouvé dans le camp des prisonniers de guerre arméniens qui se sont battus pour la France).

La République française, c’est donc le vivre-ensemble sans distinction d’origine ou de religion.

Majorité et oppositions se renvoient la balle ; mais dans ce jeu politique opportuniste, les principes de la République doivent être appliqués fermement et rapidement.

Ces deux délégations constituent enfin un rapport à l’avoir qui est particulièrement gênant, en plus de rompre l’égalité républicaine. Créer et maintenir des délégations spécifiques de cette façon implique un rapport du genre « je te donne quelque chose et en retour, tu me dois quelque chose ». Cette conception des relations sociales entre une majorité municipale et les associations de la Ville n’est pas la mienne. Les associations culturelles et cultuelles d’Issy-les-Moulineaux veulent certainement être traitées de manière apaisée sans avoir à donner quelque chose en retour.

La politique locale comme nationale doit se faire ainsi de manière désintéressée. Comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises sur ce blog, je préfère l’être à l’avoir. La course aux biens matériels ne m’intéressent pas ; les faveurs du maire m’intéressent encore moins, surtout si la politique menée localement est forgée sur la division, le rapport de force, et les relations basées sur l’avoir.

On se moquera sûrement de moi du côté de la majorité municipale. Mais je préfère défendre la laïcité et le rapport à l’être plutôt qu’à l’avoir dans notre Ville et dans notre République.

En hommage à nos dessinateurs et à notre démocratie

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