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104e anniversaire du Génocide des Arméniens à Issy-les-Moulineaux

Comme chaque année, nous avons commémoré l’anniversaire (104e année !) du Génocide des Arméniens à Issy-les-Moulineaux.

Deux éléments importants ont renforcé le contexte émotionnel de cette cérémonie :

-Depuis le décret du 10 avril 2019, le Président de la République Emmanuel Macron a fait du 24 avril la journée officielle de commémoration du Génocide des Arméniens partout en France ;

-Depuis quelques jours, le gouvernement d’Erdogan s’en est pris violemment à la France pour avoir reconnu cette journée officielle, ce qui relève de la part de la Turquie d’une ingérence inacceptable dans les choix politiques de la France.

Tout pays sort grandi en regardant avec clarté et honnêteté son passé ; malheureusement, il semble qu’il faille encore attendre des décennies (voire plus) pour que le génocide soit enfin reconnu par un gouvernement en Turquie. L’espoir viendra, peut-être, de sa société civile en lutte pour ses droits et ses libertés individuelles.

La cérémonie a pu se dérouler en présence des officiels, élus et membres du clergé, d’une consule représentant l’Ambassadeur d’Arménie, ainsi qu’en présence de Florence Provendier, nouvelle députée de notre circonscription qui remplace Gabriel Attal, désormais secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Education.

Ces moments ne seraient rien, enfin, sans l’espoir qu’incarnent les jeunes Français d’origine arménienne qui, souhaitons leur, verront peut-être un jour cette reconnaissance se faire par la Turquie.

Cela apaisera les consciences et favorisera la paix entre les peuples.

Assurément.

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Reconstruisons ensemble Notre-Dame de Paris

Photo Wikipedia

Lundi 15 avril 2019, une partie de Notre-Dame de Paris s’est envolée et avec elle, plus de 850 ans d’histoire. C’est essentiellement la charpente de la toiture et la flèche qui ont disparu dans les flammes de cet incendie encore non élucidé mais probablement accidentel.

Le bois originel de la charpente avait été posé au XIIe siècle ; certains de ses éléments étaient même issus d’un bois stocké pendant plusieurs siècles avant la construction de la cathédrale, soit de l’époque de… Charlemagne ! (vers 800 ap. J-C.).

Nous pouvons reconstruire ce joyau national, reconnu dans le monde comme un symbole de notre pays, de l’art médiéval européen, et patrimoine de l’humanité.

Le Président de la République, Emmanuel Macron, a fixé un délai de 5 ans pour reconstruire ce qui a disparu dans l’incendie. C’est très ambitieux, encore plus quand les fondations demeurent fragiles, mais c’est faisable.

Dans cette démarche, nous pouvons participer à sa reconstruction en faisant un don à la Fondation du patrimoine : https://don.fondation-patrimoine.org/SauvonsNotreDame/~mon-don.

Le taux de réduction d’impôt sur le revenu est abaissé exceptionnellement à 75% au lieu de 66% pour les dons allant jusqu’à 1000 euros (66% au-delà de 1000 euros). Les dons seront intégralement reversés pour la reconstruction de la cathédrale.

J’ai donné pour ma part comme tant d’autres. Quant à la Ville d’Issy-les-Moulineaux, elle votera en conseil municipal un don de 70 000 euros, soit 1 euro par habitant.

Si les sommes s’accumulent, peut-être que le restant pourra soutenir d’autres projets de sauvegarde de notre patrimoine ?

N’oublions pas enfin « qu’il n’y a de richesse que d’hommes » et que les sommes allouées ne doivent pas omettre les fondations et oeuvres caritatives qui agissent envers notre prochain dans la détresse et la souffrance. Car les cathédrales sont bâties par les hommes et qu’ils sont la base même des oeuvres dédiées à Dieu et plus généralement à la sublimité de l’art.

Assassinat de Jamal Khashoggi : retrouvez mon interview dans Atlantico.fr

Etant docteur en science politique, j’ai été sollicité par le site Atlantico.fr concernant la mort du journaliste saoudien Jamal Khashoggi et ses conséquences pour l’identité de l’Arabie saoudite sur la scène internationale.

Retrouvez ci-dessous mes réponses aux questions du site d’informations :

Atlantico : Qu’est-ce qui a fait que la France n’a pas pu fermer les yeux dans le cas de l’assassinat présumé du journaliste saoudien ?

Okan Germiyan : Tout d’abord, la mort du journaliste Jamal Khashoggi est en soi un événement qui s’est retourné automatiquement contre la monarchie saoudienne et l’image qu’elle veut donner au reste du monde.

Ensuite, « fermer les yeux » ne correspond pas aux prises de positions des gouvernements démocratiques, sauf si l’on analyse un fait international à partir des seuls intérêts nationaux. Il faut également interroger l’image que renvoie l’Arabie saoudite aux autres Etats : est-elle positive ? négative ?

Il est fort probable que l’Arabie saoudite, du moins son régime, a conscience de son « identité négative » dans le monde. Et même si les chancelleries occidentales et démocratiques ne répondront pas directement à cette question, il est probable que l’image de l’Arabie saoudite a été encore plus abîmée à leurs yeux, car on parle bien ici de la mort d’un journaliste dans le consulat de son propre pays.

Il n’est pas étonnant que le prince héritier Mohammed ben Salmane Al Saoud ait cherché à modifier l’image du régime et de son pays, par exemple, avec le droit concédé aux femmes saoudiennes de pouvoir conduire une voiture…

Mais la mort de Jamal Khashoggi est un revers sévère pour l’image du régime saoudien et la réaction de la France (tout comme celle de l’Allemagne) a une portée symbolique qui n’est pas négligeable.

L’événement, à nouveau, n’est pas anodin, en particulier si on intègre dans l’analyse que les chancelleries occidentales partagent a minima des normes universelles comme les droits de l’homme.

Elles ne sont pas en adéquation avec les normes des régimes autoritaires, voire plus durs. Quand un événement comme celui-ci se produit, c’est un test dans la confrontation de ces normes qui fondent les identités des relations interétatiques et que l’on retrouve également au niveau des organisations internationales comme les Nations unies.

Est-ce que la crainte de l’ingérence est une limite à l’affirmation des droits de l’homme à l’étranger ?

Okan Germiyan : La non-ingérence dans les affaires intérieures comme extérieures d’un Etat fait partie des grands principes de la Charte de l’ONU ! Les 193 Etats membres de l’ONU adhèrent à ces principes et s’engagent à les faire respecter.

On peut même considérer que c’est un des  plus vieux principes du droit international quand on se réfère à la fin de la Guerre de Trente ans par le Traité dit de Westphalie de 1648 : les Etats sont égaux entre eux et il ne peut y avoir de hiérarchie internationale entre des Etats forts et des Etats faibles, les forts ne pouvant pas faire ce qu’ils veulent des faibles.

Pourtant, la médiatisation d’événements dramatiques, par exemple, le gazage de villages kurdes à partir de 1988 par le régime de Saddam Hussein au nord de l’Irak, a soulevé une question internationale déjà très ancienne : avons-nous un devoir moral à intervenir pour protéger des populations des actes violents commis contre elles par leurs gouvernements ?

La résolution 688 du Conseil de Sécurité de l’ONU condamnait à ce titre la répression menée en Irak sur la population kurde.

Nous avons progressivement abouti à l’inscription d’un nouveau principe dans la Charte de l’ONU en 2009 : la « responsabilité de protéger » ou communément appelée le droit d’ingérence humanitaire qui limite partiellement l’autre principe que je vous évoquais, la non-ingérence.

Les atteintes à la démocratie et aux droits de l’Homme existent pour autant ailleurs. Pourquoi la diplomatie française ne réagit-elle pas ou pas plus sur des cas comme les camps de Ouighours en Chine, la guerre au Yemen, les atteintes à la démocratie au Maghreb… Peut-on parler de deux poids deux mesures ?

Okan Germiyan : Ce n’est pas le degré de réaction de la France qui est ici essentiel, car nous analysons aujourd’hui notre monde à travers des acteurs internationaux multiples : les Etats, mais aussi les ONG, les organisations internationales, les acteurs non-étatiques violents comme les groupes terroristes, ou encore les firmes multinationales.

Si on attend que l’Etat assure encore le respect de droits fondamentaux à nos yeux et qui doivent être partagés partout dans le monde, l’universalité de ces normes se heurte à nouveau à des Etats qui sont jaloux de leur souveraineté et de leurs affaires extérieures.

Le Britannique Robert Cooper a tenté de classer les Etats selon trois types (The Post-Modern State and the World Order, 2000). : les Etats pré-modernes, les Etats modernes et les Etats post-modernes.

Les Etats modernes sont très attachés à leurs intérêts nationaux et sont prêts à recourir à la force pour les faire valoir. Ils ont certes bénéficié de la globalisation économique, mais ils continueront à refuser tout ingérence dans leurs affaires intérieures et extérieures, quitte à user de la menace, voire de la force.

Des Etats comme l’Arabie saoudite, la Russie, la Chine ou encore la Turquie peuvent être classés comme des Etats modernes au sens de la classification proposée par Robert Cooper.

Il suffit également d’analyser les réactions au Conseil de Sécurité de l’ONU, dès lors qu’il faut trouver un consensus pour voter une intervention afin de protéger des populations des agissements de leurs gouvernements.

Le droit de veto est celui des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Russie et Chine). Ce droit bloque toute intervention relevant du droit d’ingérence humanitaire et il est régulièrement le fait des représentations russe et chinoise, notamment sur le cas de la guerre civile en Syrie. En effet, Russie et Chine voient ces interventions comme une atteinte dans des affaires qu’elles définissent comme des intérêts nationaux.

La France a d’ailleurs tant bien que mal essayé de réformer cette pratique du veto, ces dernières années. Elle avait demandé aux membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU de s’abstenir de poser leur veto au moment de décider d’intervenir là où des populations civiles seraient en danger.

La Russie, en particulier, a exprimé un refus ferme à la proposition française.

Cela n’empêche pas des Etats partageant des normes démocratiques d’acter symboliquement l’exclusion des Etats qui violent les principes de la Charte de l’ONU et ce, au niveau d’autres organisations internationales ou lors de sommets informels, ou encore dans un cadre bilatéral.

N’oublions pas ainsi qu’après avoir annexé par la force la Crimée au détriment de l’Ukraine en 2014, la Russie s’est vue imposée un blocus de nature économique de la part de l’Union européenne et des Etats-Unis. Elle a été exclue également du G8, redevenue le G7.

Dans tous les cas, ce qui se passe avec la mort de Jamal Khashoggi aura des répercussions très graves pour l’image de l’Arabie saoudite et cela peut se produire également pour d’autres Etats dont les régimes autoritaires tendent à maltraiter journalistes, écrivains, universitaires, artistes, voire des minorités ethniques et/ou religieuses.

L’identité négative des Etats est une variable qui ne doit pas être négligée dans l’analyse de ces faits internationaux et plus globalement, des relations internationales.

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