Brexit : échec, mais espoir pour l’Union européenne ?

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La sortie du Royaume-Uni votée par référendum et dont les résultats sont tombés progressivement dans la nuit du 23 au 24 juin (ci-dessous) marque un échec clair de la construction européenne et appelle à refondre le projet européen.

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Ces résultats ne témoignent pas d’un rejet à partir d’un motif homogène et unanime : certes, l’identité britannique a toujours été d’être d’un pied à l’intérieur et un pied à l’extérieur de l’Union européenne, malgré le fait que ce soit Winston Churchill qui avait appelé à créer des « Etats-Unis d’Europe » à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais on trouvera aussi dans les motifs de la sortie britannique de l’Union européenne la crainte d’une perte d’indépendance (paradoxale pour un Etat déjà singulièrement à part de l’UE), mais aussi ces derniers mois à la crainte de l’afflux de réfugiés venant du Proche et Moyen-Orient, et d’Asie. Dans les reportages, les électeurs britanniques justifiant leur vote de la sortie de l’UE mettaient régulièrement en avant la problématique des réfugiés affluant vers le Royaume-Uni.

Inversement, si ce sont les plus de 50 ans qui ont voté majoritairement pour la sortie, ce sont les électeurs de 18 à 40 ans qui ont voté majoritairement pour le maintien. Il y a, comme en France ou dans d’autres pays de l’UE, une césure générationnelle. Parlerons-nous plutôt d’une « gérontocratie » que de « démocratie » à l’heure actuelle dans l’UE ? Sans pouvoir expliquer les raisons réelles de cette sortie de l’UE par la Grande-Bretagne (c’est même impossible de décrypter exactement les intentions de vote), les partis d’extrême-droite et d’extrême-gauche en Europe qui, historiquement, ont toujours rejeté la construction européenne depuis sa création jusqu’à aujourd’hui, s’en donnent à coeur joie. Cela rappelle l’épisode malheureux du rejet par les Français du Traité Constitutionnel européen (TCE) en 2005 durant lequel, les électeurs ont voté contre Chirac, contre les immigrés, contre le « plombier polonais », contre le « néolibéralisme », etc. FN et PCF, par exemple, y trouvaient leur compte. Il n’y a pas de quoi se réjouir, mais pour les pro-Européens, nous savons qui sont nos adversaires politiques.

Réformer le projet européen doit impliquer désormais des volontés politiques avant d’être purement économiques. Quoi qu’on en dise, la fondation de l’UE à partir des échanges entre charbon et acier entre France et Allemagne était un choix clairement politique avant d’être économique. Mais la réforme doit passer aussi par la renouvellement des hommes et des pratiques au sein des Etats nationaux qui sont membres de l’UE : en effet, si l’UE est divisée dans ses compétences et n’avance pas (ce serait bien trop long et complexe de vous résumer les compétences et le fonctionnement des institutions européennes), c’est à cause des gouvernements nationaux qui n’ont jamais voulu accorder plus de pouvoirs à une union politique forte sur la scène internationale. De même, la facilité, depuis ces dernières décennies, des hommes politiques, en particulier France, à rejeter tous leurs échecs sur le dos de l’Union européenne témoigne encore de leur malhonnêteté intellectuelle permanente. C’est enfin de leur faute si l’UE s’est élargie bien trop vite, intégrant par exemple la Grèce (ayant menti sur ses propres comptes) ou encore vers des pays de l’Est jusqu’à l’île de Chypre (encore divisée entre Grecs et Turcs) ! Des aberrations comme choix politiques dont la faute est totalement imputable à nos dirigeants nationaux.

La sortie de l’Union européenne marque peut-être un retour en arrière, mais pourtant et paradoxalement elle ouvre de nouvelles perspectives : en Grande-Bretagne, l’Ecosse, très majoritairement favorable à la construction européenne, va prochainement demander à sortir du Royaume-Uni pour devenir indépendante et rester dans l’Union européenne. Mais dans les Etats membres comme la France – je le répète- il faut un renouvellement de notre vie politique nationale. À ce titre, les générations futures doivent relever ce défi et réparer les dégâts causés par leurs aînés. Un défi immense mais pas impossible.

Je garde ainsi la ferme conviction d’une Union Européenne forte et fédérale pour ces mêmes générations futures.

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Publié le 24 juin 2016, dans Actualités, Europe, France, International, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. En général, je suis assez d’accord avec ce qui est publié sur ce blog. Mais là, le choc est beaucoup trop grand. L’UE ne peut pas rester inchangée après les dernières échéances. On a le Brexit, mais aussi le référendum de 2005 en France et aux Pays-Bas (deux pays fondateurs, quand-même), les taux d’abstention record, les sondages plutôt mauvais au Danemark et en Suède… Mais il y a aussi la santé économique de la Suisse, de la Norvège et de l’Islande qui sont des pays associés mais pas membres.Cela fait croire aux partisans du Brexit que finalement, il vaut mieux rester en dehors de l’UE.

    Certes, la CECA était plus un projet politique qu’économique malgré son apparence. Mais force est de constater que l’UE est devenue un marché malgré le parlement européen. La preuve: on négocie des accords transatlantiques en signant des clauses de confidentialité durant les premières négociations que les européens ont demandé. Autrement dit, on va changer la réglementation européenne sans même en parler aux européens. Néanmoins, il est clair que l’analyse des raisons d’un tel résultat est ardue. Mais avec ce genre de comportements, il ne faut pas s’étonner du succès des discours d’appel à l’indépendance.

    Avec une situation pareille, l’UE ne peut que changer ou disparaître. Il me semble clair, sans verser dans les clivages politiques, qu’il faut absolument proposer un nouveau projet aux européens. Si rien n’est fait pour proposer une alternative, la crise s’aggravera. Mais en tout cas, il me semble que rien ne peut rester dans l’état.

  2. Oui, clairement, il faut une « Europe en mieux ». (Mouvement Européen France).
    Et si elle en est restée là, c’est d’abord parce que la Grande Bretagne ne l’a pas laissée progresser et parce que le système intergouvernemental ne permet pas aux chefs d’états et de gouvernements de peu d’envergure autre chose qu’un assaut d’égoïsmes. Leur destinée d’élus nationaux ne leur permet pas de voir plus loin que le bout de leur mandat et le recommencement du suivant.
    Il faut des structures européennes élues par les européens le même jour, pour les missions d’intérêts européens… La souveraineté revendiquée par nos petites nations est un leurre dans la mondialisation. La seule façon de rester maîtres de notre destin, c’est une souveraineté partagée, bref, il faut jouer collectif. Quelles femmes, quel hommes politiques voient assez loin pour mettre les Européens sur ce chemin vertueux?

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