Règle d’or, fédéralisme, et volonté politique : des conditions à la mise en place des « eurobonds »

L’Union européenne fait face aujourd’hui à une crise économique assez grave, en particulier avec la situation catastrophique de la Grèce. L’endettement famarineux de cet Etat membre de l’Union européenne suscite l’inquiétude bien légitime des pays du Nord comme l’Allemagne, mais aussi celles et ceux qui en France estiment que la « règle d’or » et un budget assaini sont des préalables pour mener à bien des politiques publiques.

Ne nous le cachons pas, la Grèce n’a jamais eu légitimement sa place au sein de la zone euro : des comptes publics truqués par ses dirigeants politiques au moment de son adhésion, une politique fiscale désastreuse, une pratique générale de la fraude à tous les échelons du pays, une absence de cadastre, etc. La Grèce vit des perfusions de l’argent européen mais ne se réforme pas. Se pose la question dorénavant de sa sortie de la zone euro. Pourtant, une autre question se pose vis-à-vis de l’endettement de la Grèce et des autres Etats membres dont la France qui est loin d’être un exemple de vertu budgétaire.

En effet, cette question est la mutualisation des dettes des Etats membres via les « eurobonds ». Elle soulève des débats, mais aussi quelques incompréhensions entre la France et l’Allemagne. La première, qui a changé de président de la République, est perçue par l’Allemagne comme suspecte de vouloir faire payer son incurie budgétaire par son voisin outre-Rhin qui lui se porte bien. Inversement, la seconde est perçue avec sa Chancelière comme enfermée dans une doctrine de rigueur absolue avec en prime, le soupçon d’un égoïsme national assez incompatible avec la solidarité européenne.

Au-delà de ces perceptions au sein du couple franco-allemand, il faut s’intéresser au débat relatif aux « eurobonds ». Sont-ils efficaces ou pas face à la crise ? Pour cela, je me suis intéressé à comparer les entretiens donnés par Sylvie Goulard, députée européenne (MoDem/ALDE) et Jens Weidmann, directeur de la Banque centrale allemande (Bundesbank), respectivement sur le blog du journaliste Jean Quatremer et au Monde. Que disent-ils ?

  • Sylvie Goulard réclame la mise en place d’eurobonds, afin de mutualiser les dettes des Etats membres, cela en plusieurs étapes (une caisse d’amortissement pour les dettes dépassant 60% du PIb, une garantie commune pour les dettes inférieures à 60% du PIB), cela en vue de pouvoir bénéficier de taux intéressants. Bien évidemment, Sylvie Goulard rappelle qu’il faudra que les gouvernements acceptent dans ce cas-là un système fédéraliste au sein de l’Union européenne, mais aussi que chaque Etat membre s’engage avec sérieux par rapport à son budget national. Comme le dit à plusieurs reprises Sylvie Goulard, il faut de la « confiance » aussi bien entre les Etats membres que vis-à-vis des marchés.
  • Jens Weidmann est beaucoup plus sceptique sur les eurobonds : il y voit avant tout une idée éphémère visant à faire payer les pays encore riches comme l’Allemagne pour des Etats irresponsables dans leur gestion budgétaires comme la Grèce ou d’autres pays du sud de l’Europe. Sa réticence comme celle de la Chancelière allemande concernant les eurobonds tient plus au refus d’établir une solidarité à sens unique et sans contrepartie. « On ne confie pas sa carte de crédit à quelqu’un si on n’a pas la possibilité de contrôler ses dépenses« , comme le directeur de la Bundesbank. Néanmoins, ce dernier laisse entrevoir que les eurobonds pourraient être testés qu’à condition qu’en France comme partout ailleurs en Europe, on veuille réellement une Europe fédérale, ainsi que des engagements clairs et précis sur la réduction de l’endettement national de chaque Etat membre.

En comparant ces deux entretiens, on s’aperçoit que les eurobonds ne sont pas en soi le facteur de division entre les Etats membres du Nord et du Sud de l’Union européenne. C’est véritablement une question de confiance et de volonté politique qui pèsent dans les relations entre eux.

Les eurobonds peuvent être une issue à la crise sans être la solution miracle par excellence. Mais les mettre en place permettrait de garantir des dettes nationales tout en soutenant la croissance et en imposant une règle d’or européenne. Ce serait une solidarité avec des responsabilités et une confiance mutualisée que seul le système fédéraliste pourrait mettre en place à long terme.

Mais pour cela, il faudra de la volonté politique une fois plus de la part des gouvernements nationaux de chaque Etat membre, et en particulier entre la France et l’Allemagne. À défaut, il faudra envisager la sortie de la Grèce de la zone euro, et un ébranlement de la confiance des marchés envers les autres Etats membres. Il faudra craindre le retour à une désunion politique et monétaire comme ce fut le cas avec l’Union latine (1865-1927), l’ancêtre de la zone euro.

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Publié le 26 mai 2012, dans Actualités, Economie, Europe, et tagué , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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