Angela Merkel n’est pas Bismarck, l’Allemagne a évolué ! Réponse à Arnaud Montebourg

Angela Merkel

Arnaud Montebourg, députés socialiste et « 3e homme » de la primaire de son parti, a récemment comparé sur son blog l’Allemagne fédérale d’Angela Merkel, celle de 2011, à l’Empire allemand de Bismarck. En effet, celui-ci considère que la France s’incline aujourd’hui face à l’Allemagne qui imposerait à la France et à l’Union européenne une « domination économique » substituant à sa « vieille politique d’expansion et de puissance dans l’ordre territorial« .

Arnaud Montebourg accuse donc la Chancelière Angela Merkel d’un retour à une politique nationaliste digne d’Otto von Bismarck, Chancelier du premier empereur de l’Allemagne réunifiée Guillaume Ier de Hohenzollern. Cette comparaison est à mon sens saugrenue, anachronique, et ignore un aspect fondamental : l’Allemagne a changé d’identité et n’est plus celle de la fin du XIXe siècle.

Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale et sa réunification, le peuple allemand a renoncé à toute velléité de puissance martiale sur l’Europe et en particulier vis-à-vis de la France. Ses dirigeants ont également intégré cette donne, bien qu’ils ne renient pas le passé de grandeur de leur pays comme nous ne pouvons ignorer en France la gloire d’une France dominatrice sur l’Europe du temps de Louis XIV ou de Napoléon Bonaparte.

Les peuples et leurs dirigeants partagent généralement une identité commune, forgée par un système de croyances et de valeurs élaborées entre autres par leur histoire. Peuples et dirigeants ont ainsi légitimement intégré comme référence (positive ou négative selon les inclinations politiques actuelles de chaque citoyen et dirigeant) les gloires et les drames de l’histoire de leurs pays respectifs.

Aujourd’hui, si l’Allemagne est la première puissance économique de la zone euro, elle n’est plus la puissance menaçante qu’avance Arnaud Montebourg, car son identité a changé : les Allemands peuvent estimer avoir une place de premier de la classe à faire valoir au sein de l’Union européenne, et cela est tout à fait normal. La France elle-même cherche bien à travers ses politiques à rappeler à ses partenaires son passé de grandeur et de « vieux pays ». Mais tout cela loin des déclarations martiales et guerrières, car les Français ont également écarté l’idée de tout conflit avec leurs voisins d’outre-Rhin.

En résumé, si l’Allemagne d’Angela Merkel a changé d’identité depuis des décennies, Arnaud Montebourg -pourtant issu d’une nouvelle génération de cadres du PS- n’a semble lui pas évolué. Cela se comprendrait si Arnaud Montebourg avait fait partie d’une génération née avant-guerre comme les anciens présidents Valéry Giscard d’Estaing ou feu François Mitterrand. Ces derniers ont vécu notamment avec des perceptions forgées au cours du siècle dernier sur l’Allemand comme l’ennemi héréditaire (quand ce ne fut pas l’Anglais !).

Enfin, Arnaud Montebourg ignore un autre élément fondamental en relations internationale : le contexte de Bismarck était celui aussi de Napoléon III, une Europe d’Etats qui s’affrontaient dans une loi du plus fort et à celui qui accumulait le plus de puissance, toujours dans la quête de faire valoir une identité « virile » qui était source de conflits armés. Or, au XXIe siècle, et après des guerres terrifiantes, les identités des uns et des autres ont su évoluer, sans pour autant renier les gloires et les errements de leur passé. Nous sommes plus au siècle des identités viriles, mais celles des identités européennes pacifiées. Des identités néanmoins concurrencées aujourd’hui par des pays issus de l’ex-Tiers Monde (Inde, Chine, etc.) qui aspirent également à renouer avec leur passé et leur histoire de grandes nations sans pour autant chercher le conflit armé.

La déclaration d’Arnaud Montebourg, bien qu’elle ait pu être formulée dans un contexte tendu, symbolise ici une représentation erronée de l’Allemagne, générant une analyse faussée de la politique européenne d’Angela Merkel*. Cette déclaration est aussi inquiétante pour un homme qui aspire à devenir ministre d’une France inscrite depuis des décennies dans la logique de la construction européenne et de l’amitié franco-allemande.

Alors Monsieur Montebourg, il est encore temps pour vous de changer de perception… et de siècle.

*Lire la tribune de Stéphane Cossé et Robert Rochefort, Angela Merkel a raison, publiée dans Le Monde du 2 décembre 2011.
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Publié le 2 décembre 2011, dans Europe, France, et tagué , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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